Le SDIS 62 a franchi un cap décisif en adoptant et en généralisant les techniques d’établissement en chevaux. Ce n’est pas une décision prise à la légère : deux ans de tests ont précédé la généralisation, avec une formation approfondie du personnel et un rééquipement des FPT spécialement conçu pour ces nouvelles procédures. Les résultats sont unanimement positifs. Je vous propose ici une explication détaillée des six établissements E1 à E6, propres au SDIS 62, pour mieux comprendre ce que représente concrètement cette évolution opérationnelle.
Le contexte réglementaire des manœuvres incendie en France
Tout part d’une décision nationale. En 2018, la Direction générale de la Sécurité civile et de la Gestion des crises (DGSCGC) a publié le GTO Établissements et techniques d’extinction. Ce guide technique opérationnel a définitivement relégué les anciennes manœuvres M1 à M6 du GNR au rang des souvenirs. Place aux manœuvres en chevaux, pensées en binômes.
Le GTO structure six établissements fondamentaux, désignés ETB-1 à ETB-6. L’ETB-1 couvre l’établissement de la lance en eau du dévidoir tournant. L’ETB-2 traite d’une division d’alimentation ou d’attaque en prolongement. L’ETB-3 concerne l’établissement d’une ligne d’attaque sur une prise d’eau. L’ETB-4 porte sur l’alimentation d’un dispositif hydraulique. L’ETB-5 regroupe les établissements particuliers, comme la lance mousse ou la lance canon. Enfin, l’ETB-6 englobe la prolongation d’établissement ou le remplacement de tuyau.
Ces manœuvres s’adaptent à différentes configurations matérielles : tuyaux sur dévidoir, en couronne ou en écheveaux. Un FPT équipé de tuyaux en écheveau peut être armé par six ou huit sapeurs-pompiers, selon qu’il comprend un chef d’agrès, un conducteur, et deux ou trois binômes. Ce cadre national est la base sur laquelle le SDIS 62 a bâti ses propres techniques d’établissement, adaptées à ses réalités opérationnelles et à ses équipements. Pour approfondir les recommandations et référentiels pour sapeurs-pompiers en secourisme et formation, des ressources complémentaires existent.
L’équipement des FPT du SDIS 62 pour les manœuvres en chevaux
Ce qui distingue les FPT du SDIS 62, c’est un armement précisément calibré pour les établissements en chevaux. Concrètement, chaque fourgon embarque 8 tuyaux 45 mm épaulés, dont deux sont immédiatement équipés d’une LDV 40. S’y ajoutent 4 tuyaux 70 mm pour les configurations nécessitant un débit plus significatif.
La lance à eau dévidoir tournante (LDT) a subi une modification notable : elle a été raccourcie de 40 mètres, sans possibilité de rallonge. Les dévidoirs eux, n’ont pas changé. Ce choix assumé reflète une logique opérationnelle cohérente avec les nouvelles manœuvres en chevaux.
Côté portée, les capacités sont clairement définies. Avec une LDV 40 en 45 mm, la ligne d’attaque peut atteindre 100 mètres. Avec une division ou une LDV 65, on monte à 120 mètres. Ces seuils guident directement le choix de l’établissement sur intervention. Autre évolution significative : les termes en litrage/minutes ont totalement disparu des ordres du chef d’agrès. Ce choix reste désormais à la libre appréciation du chef de bataillon, seul juge de la situation.
Le cadre d’ordre et le rôle du chef d’agrès dans les manœuvres E1 à E6
Anticiper avant d’arriver sur les lieux
Le chef d’agrès n’attend pas d’être face au sinistre pour agir. Dès le trajet, il informe ses équipiers du motif de l’intervention. Cette anticipation n’est pas anodine : elle permet à chaque membre du fourgon de préparer mentalement son action et d’ajuster son positionnement dès la descente du véhicule.
À l’arrivée, le chef d’agrès doit acquérir la situation rapidement, puis formuler un ordre préparatoire suivi d’un ordre d’exécution. Il se conforme au cadre d’ordre de type SMES, un protocole structuré garantissant une transmission d’informations claire et sans ambiguïté. Ce n’est pas une formalité administrative, c’est ce qui permet à une équipe de fonctionner comme un seul mécanisme sous pression.
La radio comme lien opérationnel
L’ensemble du personnel du fourgon est relié par radio. Les envois d’eau, les demandes de matériels, les confirmations de progression : tout transite par ce canal. Ce fonctionnement génère un gain de temps et d’énergie mesurable sur le terrain. Il faut aussi rappeler que l’armement et l’équipement des engins varient d’un SDIS à un autre — il est donc indispensable de consulter le règlement opérationnel de son propre service avant toute manœuvre.
Les établissements avec tuyaux pré-connectés — E1, E2 et E3
Les trois premiers établissements reposent sur une logique élémentaire : les tuyaux pré-connectés stockés dans les coffres du fourgon sont directement tirés vers le point d’attaque. Pas de montage complexe, pas de perte de temps. Ces établissements conviennent parfaitement quand une seule ligne est nécessaire.
L’E1 correspond à l’établissement d’une LDV 40 ou LDV 65 pré-connectée. C’est l’établissement de base, rapide à mettre en œuvre dès la descente du FPT. L’E2, lui, concerne l’établissement d’une division pré-connectée. Il permet d’alimenter simultanément plusieurs lances depuis un même raccord. L’E3 introduit une dimension supplémentaire — il s’agit de l’établissement d’une LDV 40 pré-connectée à l’aide de l’échelle coulisse, pour accéder à des niveaux en hauteur.
Ces trois manœuvres s’utilisent aux niveaux n+1 et n-1, à condition que le foyer soit accessible sans nécessiter de progression particulière à l’intérieur du bâtiment. Dès que la situation devient plus complexe, les tuyaux épaulés prennent le relais.
Les établissements avec tuyaux épaulés : E4, E5 et E6
Quand les tuyaux pré-connectés ne suffisent plus, les tuyaux épaulés entrent en scène. Portés sur l’épaule par les sapeurs-pompiers lors de leur déplacement, ils permettent une progression maîtrisée et sécurisée vers le foyer.
L’E4 est l’établissement d’une LDV 40 épaulée. C’est la réponse standard à toute situation ne relevant pas des lignes pré-connectées. L’E5 correspond à l’établissement d’une LDV 40 épaulée de plein pied, adapté aux interventions sur des structures accessibles directement depuis le niveau du sol. L’E6, enfin, reprend cette logique épaulée en l’associant à l’échelle coulisse, pour progresser vers les niveaux n+1 et n-1 tout en maintenant la ligne d’attaque fonctionnelle.
Un point notable : les manœuvres de changement et de prolongation de tuyaux restent inchangées par rapport aux pratiques antérieures. Cette continuité facilite la montée en compétences et évite toute rupture dans les automatismes acquis.
Les apports concrets des manœuvres en chevaux pour les sapeurs-pompiers du SDIS 62
Deux ans de tests ne mentent pas. Les établissements en chevaux du SDIS 62 apportent des avantages tangibles, confirmés par les retours du terrain. Les binômes progressent en marchant, ce qui peut sembler anodin, mais change tout : l’établissement se déroule sans plis, sans coins, sans blocage. La ligne arrive propre au point d’attaque.
Même en avançant à un rythme modéré, on gagne plusieurs minutes sur l’ensemble de la manœuvre. Surtout, la consommation physique des équipes diminue sensiblement. C’est moins d’énergie dépensée avant même d’entrer dans la structure.
Pour accompagner cette montée en puissance, des ressources pédagogiques structurées ont été développées, s’inspirant spécialement des travaux du SDIS 31, du SDIS 67 et d’APIS. Des vidéos couvrent les manœuvres avec tuyaux pré-connectés (P1, P2, P3), les tuyaux épaulés (E1, E2, E3), les lignes d’attaque alimentation (A1, A2, A3) et les missions annexes (AX1, AX2, AX3, AX4). Ces outils permettent à chaque sapeur-pompier de visualiser les gestes avant de les reproduire en condition réelle, ce qui est souvent le meilleur moyen d’ancrer durablement une technique dans les réflexes opérationnels.
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