bataillon des marins pompiers de marseille

Par Hervé 15 min de lecture
bataillon des marins pompiers de marseille

Le Bataillon de marins-pompiers de Marseille constitue une exception absolue dans le paysage de la sécurité civile française. Créé par décret-loi le 29 juillet 1939, à la suite de l'incendie dévastateur des Nouvelles Galeries survenu le 28 octobre 1938 — qui coûta la vie à 73 à 75 personnes — le BMPM demeure la seule unité militaire française directement placée sous les ordres d'un maire. Sa zone de compétence couvre 240 km², englobant Marseille, le Grand port maritime, l'aéroport de Marseille-Provence et le parc national des Calanques. Avec 125 592 interventions en 2019, soit une toutes les 4 minutes, le bataillon illustre une double devise : Honneur, Patrie, Valeur, Discipline, et officieusement : S'il y a des vies qui vous sont chères, pour nous, elles le sont toutes.

Histoire et origines du bataillon de marins-pompiers de Marseille

Les précurseurs de la lutte contre l'incendie à Marseille

Dès le Moyen Âge, ce sont les portefaix — ancêtres des dockers — qui assuraient la lutte contre le feu dans la cité phocéenne. Une ordonnance de 1726 contraignait les maçons à se rendre sur les lieux d'un sinistre au son du tocsin, sous peine d'un mois de prison et de dix livres d'amende. L'arrivée d'une pompe à la hollandaise en 1737 marqua une avancée décisive dans la protection incendie de la ville.

Le 25 septembre 1815, la Compagnie des sapeurs-pompiers de la Garde nationale de Marseille vit le jour avec une dizaine de volontaires. En 1832, douze sapeurs professionnels prirent le relais. Le 18 mars 1883, l'arrêté du maire Jean-Baptiste Brochier structura formellement le corps avec 85 hommes, dont 2 capitaines, 2 lieutenants, 10 caporaux et 60 sapeurs-pompiers.

La naissance du bataillon après l'incendie des Nouvelles Galeries

L'incendie des Nouvelles Galeries du 28 octobre 1938 changea l'histoire. Édouard Daladier, alors président du Conseil, frappé par le professionnalisme des marins-pompiers toulonnais et la qualité de leur matériel lors du sinistre, décida de confier la sécurité de Marseille à une unité militaire spécialisée.

Le décret-loi du 29 juillet 1939 officialisa cette décision. Dès août 1939, un premier groupe de 15 marins-pompiers en provenance de Toulon arriva à Marseille sous le commandement du capitaine de frégate Orlandini, premier commandant du bataillon.

L'engagement du bataillon durant la Seconde Guerre mondiale

Pendant l'Occupation, le BMPM mena une activité de résistance remarquable. Des marins-pompiers fournirent des renseignements aux Alliés, réalisèrent des sabotages et participèrent activement aux combats de la libération de Marseille. Le bombardement allemand du 1er juin 1940 causa la mort de 32 Marseillais et en blessa une soixantaine.

Ces actes de bravoure valurent au bataillon d'être cité à l'ordre de l'Armée. Marseille se vit décerner la Croix de guerre avec palme en 1950 pour la vaillance de sa résistance, témoignage durable de l'engagement des hommes du bataillon dans les heures les plus sombres.

Les missions et la zone d'intervention du BMPM

Un périmètre d'action étendu et varié

Le BMPM protège un territoire de 240 km² regroupant la ville de Marseille, le Grand port maritime incluant Fos, Lavéra et Port-de-Bouc, l'aéroport de Marseille-Provence et le parc national des Calanques — soit 847 000 habitants et 12 000 hectares de surface boisée. Les Bouches-du-Rhône fonctionnent ainsi avec deux organismes complémentaires : le BMPM pour Marseille et son port industriel, le SDIS 13 pour le reste du département.

La prédominance du secours à personnes

Le secours à personnes représente 81 % des missions du bataillon. 137 interventions pour 1 000 habitants à Marseille, contre seulement 71 sur le reste du territoire français : l'écart parle de lui-même. L'extension progressive des responsabilités du BMPM illustre cette montée en charge — aéroport de Marseille-Marignane en 1962, secours à personnes en 1969, port autonome en 1972, hôpitaux de la Timone et Nord en 1976 et 1980, sauvetage en mer en 1978.

Le risque feux de forêt et le risque feux de navire

Couvrir 12 000 hectares de surface boisée impose des moyens spécifiques. Le bataillon déploie 71 camions citernes feux de forêt (CCF) et 3 super-citernes (CCFS), complétés par deux hélicoptères bombardiers d'eau loués chaque été, de mi-juin à fin septembre. Ces appareils stationnent au CIS de La Bigue et au camp militaire de Carpiagne.

Le port maritime génère un risque tout aussi singulier. Les bateaux-pompes, dont le Matelot Louis Colet basé à Port-de-Bouc — le plus puissant d'Europe — constituent la réponse opérationnelle à ces sinistres maritimes. Peu de services de secours dans le monde cumulent simultanément ces deux types d'expositions.

L'organisation et le commandement du bataillon

Un commandement à double autorité

Le BMPM répond à deux tutelles distinctes. Le ministère de la Défense assure le commandement militaire, l'organisation, la discipline et l'avancement. Le ministère de l'Intérieur et la DGSCGC couvrent le domaine opérationnel hors Marseille. Depuis le 1er juillet 2022, le vice-amiral Lionel Mathieu occupe le poste de 28e commandant du bataillon.

Ce commandant cumule plusieurs fonctions : directeur des services d'incendie et de secours de la ville de Marseille, commandant de la Marine à Marseille et commandant de la marine dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et les départements de la région PACA. Une concentration de responsabilités sans équivalent dans l'organisation des secours français.

Les deux groupements opérationnels

Depuis 2008, l'organisation territoriale s'articule autour de deux groupements : le groupement nord avec la caserne de Plombières, et le groupement sud avec la caserne de Saint-Pierre. Depuis mai 2015, le BMPM arme 22 centres d'incendie et de secours et 2 détachements. Les détachements hospitaliers se sont retirés de l'hôpital Nord en avril 2016 et de l'hôpital de la Timone en avril 2017.

Les effectifs et leur répartition

En 2020, le bataillon comptait 2 423 personnels. La répartition est claire : 81 % de marins-pompiers, 9 % d'équipage de la flotte, 4 % de civils, 4 % d'officiers, 2 % du service de santé. Les femmes représentent 7 % des effectifs. 68 % du personnel militaire évolue sous statut contractuel.

Les sept sections opérationnelles spécialisées du BMPM

Les sections dédiées au sauvetage et à l'intervention en milieux difficiles

La SOS SMPM (Sauvetage en Milieux Périlleux et Montagne), créée en 1950 à la suite d'un accident d'avion survenu le 15 janvier 1946 dans le massif des calanques, rassemble environ 80 personnels et réalise près de 200 interventions annuelles. Elle remplaça l'appellation GRIMP en 2020.

La SOS USAR — surnommée les taupes — fut créée en 1958 avec seulement 10 marins-pompiers. Forte aujourd'hui d'environ 150 personnels et d'une dizaine de chiens, elle constitue un détachement d'intervention catastrophe aéromobile (DICA). Son taux de sollicitation annuel avoisine les 10 sorties, auxquelles s'ajoutent environ 30 départs pour les équipes cynophiles.

Les sections spécialisées dans les risques technologiques et la dépollution

Créée en 1964, la SOS RT gère les risques technologiques via deux cellules : la CMIC (intervention chimique) et la CMIR (intervention radiologique). Ses 150 personnels réalisent environ 50 interventions annuelles face aux matières dangereuses chimiques, bactériologiques ou radioactives.

La catastrophe du pétrolier Amoco Cadiz en mars 1978 donna naissance à la SOS DEPOLL. Forte de 220 personnels, cette section déploie des moyens adaptés de confinement, récupération, analyse et stockage de produits polluants — une expertise rare à l'échelle nationale.

Les sections d'appui opérationnel

La SOS AQUA regroupe 140 personnels dont 50 plongeurs, des sauveteurs inondation et des sauveteurs héliportés. Elle réalise plus de 300 interventions annuelles et effectue environ 300 entraînements. La SOS HELI, constituée en 1964, projette des marins-pompiers par groupes de onze (sticks) sur des zones inaccessibles aux engins terrestres, avec 145 personnels et 6 engins.

La SOS IT intervient sur les accidents nécessitant désincarcération avec une centaine de personnels, réalisant en moyenne trois interventions quotidiennes. L'EOS Appui Robotisé, créée en 2020, intègre 16 marins-pompiers télépilotes disposant de robots et drones pour la recherche de victimes et la reconnaissance des risques.

Les moyens humains et matériels du BMPM

Un parc de véhicules terrestres diversifié

Plus de 750 véhicules et engins composent le parc du bataillon. On y trouve environ 120 VSAV, 71 camions citernes feux de forêt, 17 échelles pivotantes combinées dont 9 armées chaque jour, 9 véhicules de première intervention et 18 fourgons d'intervention. Deux camions mousse grande puissance dotés de 12 000 litres d'eau et 3 000 litres d'émulseur complètent l'arsenal.

Des engins plus singuliers méritent l'attention : deux engins rail/route acquis en 2001 pour intervenir dans le tunnel TGV de Marseille long de 8 km, et un véhicule laboratoire de spectrométrie de masse — premier du genre en France dès 1997 — permettant l'analyse de fumées ou produits toxiques sur intervention.

Les moyens flottants et aériens

34 moyens flottants équipent le bataillon, dont deux bateaux-pompes entrés en service en 2018 et 2019 — le Capitaine de Corvette Paul Brutus et le Matelot Louis Colet, ce dernier étant le bateau-pompe le plus puissant d'Europe. Cinq ETIS de 12 mètres et la vedette de sauvetage La Bonne Mère de Marseille de 16 mètres, basée au port de la Pointe Rouge, complètent ces moyens nautiques.

Deux hélicoptères bombardiers d'eau loués de mi-juin à fin septembre renforcent la capacité de lutte aérienne. Le partenariat avec le SDIS 13 pour l'un d'eux illustre la collaboration opérationnelle entre ces deux organismes complémentaires.

Le SMUR et les moyens médicaux

La moitié du SMUR de Marseille a été concédée au BMPM en 1969. Le SMUR du bataillon dispose de 10 ambulances de réanimation, 4 véhicules médicaux de soutien et 90 véhicules de secours à victimes. En 2008, il comptait une quarantaine de médecins et une trentaine d'infirmiers. L'UMIMM intervient en mer avec jusqu'à 9 personnels — 4 médecins, 3 infirmiers et 2 marins-pompiers — équipés de 12 caisses de matériels sanitaires.

La formation des marins-pompiers de Marseille

L'école des marins-pompiers et son organisation

La 8e compagnie est entièrement dédiée à la formation. Depuis 1997, l'école des marins-pompiers relève de la Marine nationale et fonctionne sur deux sites — La Parette et La Rose. Quelque 200 élèves y évoluent quotidiennement, encadrés par une cinquantaine de formateurs et 25 personnels de soutien.

Chaque année, environ 800 élèves sont formés, dont 250 pour les besoins directs du bataillon. En 2019, l'école forma 507 élèves, dont 72 % de MAPOM.

Le parcours de formation initiale

Les marins-pompiers s'engagent pour quatre ans. La formation initiale débute par 6 semaines de formation militaire et maritime au Pôle Écoles Méditerranée de Saint-Mandrier, suivies de 11 semaines de formation élémentaire métier sur le site La Parette. Le brevet élémentaire obtenu, le jeune équipier intègre directement une équipe de garde.

Le Centre d'entraînement aux techniques d'incendie et de survie

Le CETIS, opérationnel depuis fin 2004, est un site unique en Europe. Trois aires de feu en milieux clos simulent des sinistres de navire, industriels et urbains sur plusieurs niveaux. La simulation de survie en mer, avec immersion et retournement d'habitacle d'hélicoptère, pousse les exercices à un niveau de réalisme remarquable.

Des partenaires industriels de premier plan y viennent se former : Michelin, Sanofi, Total ou encore le CEA Cadarache, ainsi que plusieurs SDIS. Ces conventions financières contribuent aux ressources du bataillon tout en diffusant une expertise reconnue au-delà de Marseille.

Le budget et le financement du bataillon

Le budget du BMPM atteignait 112,469 millions d'euros en 2020. La Ville de Marseille en assume 65 %, soit 71,5 millions d'euros. La Métropole contribue à hauteur de 11 %, l'État et le Département à 9 % chacun. Le remboursement d'activités représente 4 %, le FCTVA 2 %.

La répartition des charges en 2020 s'établit ainsi : investissement à 13,18 M€, charges de personnel à 80,11 M€ et fonctionnement à 14,26 M€. Ramené à l'habitant, le BMPM coûte 78 euros par an à chaque Marseillais — un montant qui relativise l'ampleur du dispositif.

Depuis 2008, le bataillon assure également des fonctions de pompiers d'entreprise chez Airbus Helicopters avec environ 45 hommes, et à l'aéroport de Marseille-Provence avec environ 65 hommes. Ces missions génèrent des recettes qui contribuent à l'équilibre financier du bataillon.

Le régime de travail et les conditions de service

L'évolution historique des rythmes de garde

72 heures de garde consécutives pour 24 heures de repos : tel était le rythme des premières décennies. Après 1975, ce régime évolua vers 48 heures de garde pour 24 heures de repos, puis vers les formules 48/36 et 36/36. La restructuration introduisit ensuite un découpage par sixièmes, plus équilibré. En octobre 2010, le régime spécifique des nouvelles recrues — basé sur des gardes de 12 heures de 10h à 22h — prit fin.

Le régime été et le régime hiver

De mi-juin à fin septembre, le régime été s'applique : 24 heures de garde, 24 heures de repos, 24 heures de garde, 24 heures d'astreinte à domicile ou de renfort en caserne, puis 48 heures de repos. Le reste de l'année, le régime hiver prévoit 24 heures de garde, 24 heures de repos, 24 heures de garde, puis 72 heures de repos. Cette différenciation répond directement au pic d'activité lié aux feux de forêt estivaux.

Le recrutement pour devenir marin-pompier

Intégrer le BMPM répond à des critères précis. Il faut avoir entre 18 et 25 ans lors de l'incorporation, être de nationalité française, avoir effectué la Journée Défense et Citoyenneté, posséder le permis B et savoir nager. Le niveau scolaire exigé va du brevet des collèges à bac+3. La maîtrise du français, de bonnes connaissances scientifiques, un excellent niveau sportif et la disposition à embrasser une carrière militaire complètent ce profil.

Depuis le printemps 2019, le bataillon ne recrute plus de VSA (volontaires service armée), s'alignant sur les pratiques du reste de la Marine nationale. Les marins-pompiers servent sous contrat de quatre ans, renouvelable, avec 68 % du personnel militaire sous ce statut contractuel.

Côté équipements, le casque Adrian fut remplacé par le casque F1 en 1985. En 2003, après l'adoption d'une tenue textile bleu marine, le bataillon opta pour une tenue rouge coquelicot à silhouettage bicolore, mieux adaptée aux conditions estivales, aux feux de forêts et aux feux de navires.

Les interventions hors de France et les relations internationales

Les missions de secours à l'étranger

Le BMPM intervient bien au-delà des frontières marseillaises. Indonésie lors du tsunami de 2004, Haïti lors du séisme de 2010, Liban en août 2020 — autant de missions humanitaires majeures. Le bataillon a également été déployé en Italie, au Mexique, en Algérie et en Arménie. Sur le territoire français, les inondations majeures de 2010, 2011 et 2014 dans le sud, ainsi que le feu du parc naturel de la Réunion en 2011, ont mobilisé ses équipes spécialisées.

Les missions de formation et de coopération internationale

En 2008, une dizaine de missions fut conduite à travers le monde : formation au sauvetage-déblaiement en Jordanie, lutte contre les feux de navires aux Seychelles, et une trentaine de sessions dispensées en Italie, Chili, Algérie, Maroc, Cuba, Cameroun, Égypte et Suisse. Des délégations étrangères visitent régulièrement les casernes marseillaises pour perfectionner leurs techniques.

Le drapeau, les devises et les distinctions du bataillon

Le 30 avril 1982, le ministre de la Défense Charles Hernu remit au bataillon son drapeau — 8e de la Marine nationale — en présence de Gaston Defferre. Ce drapeau rappelait que depuis 1939, trente-cinq marins-pompiers étaient morts pour la France au feu ou en service commandé. Le 8 mars 2019, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner remit la Médaille de la sécurité intérieure, échelon or, au Drapeau du Bataillon.

La devise officielle — Honneur, Patrie, Valeur, Discipline — reflète l'appartenance à la Marine nationale. La devise officieuse, S'il y a des vies qui vous sont chères, pour nous, elles le sont toutes, résume mieux encore l'état d'esprit de ces hommes et femmes. La revue trimestrielle Marins du Feu, éditée par le service communication du bataillon, prolonge cette identité forte vers le grand public.

Les cadets et la transmission des valeurs du bataillon

50 cadets, une compagnie à part entière. Ce programme, créé en 2011, ne relève ni des Cadets de la Défense ni des Cadets de la sécurité civile : il est propre au BMPM. Chaque année, en partenariat avec l'Éducation Nationale, 50 jeunes issus de collèges en difficulté découvrent l'univers des marins-pompiers à travers du sport, une formation au secourisme, des visites de casernes et des débats citoyens. En fin d'année, ils défilent le 14 juillet et reçoivent le titre de jeunes ambassadeurs du bataillon.

L'Amicale des anciens marins-pompiers de Marseille, fondée en mars 1965 et ouverte aux marins-pompiers en activité dès janvier 1966, compte plus de 3 200 membres depuis sa création. En 2025, elle réunit près de 900 membres cotisants. Son action sociale a notamment permis l'intégration de la prime de feu dans le calcul des retraites pour les personnels justifiant d'au moins 15 ans de service — une victoire concrète pour les hommes du feu.

Ce réseau humain, tissé entre générations de marins-pompiers, constitue peut-être le bien le plus précieux du bataillon : une mémoire vivante, transmise de caserne en caserne, qui rappelle pourquoi ce corps d'exception existe depuis 1939. Suivre l'actualité du BMPM, c'est comprendre que derrière chaque intervention, chaque formation et chaque déploiement international, il y a des femmes et des hommes qui incarnent bien plus qu'un service de secours.

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