Bateau-pompe matelot Louis Colet : navire des marins-pompiers de Marseille
Lorsque je contemple l'évolution de la flotte des marins-pompiers de Marseille, force est de constater que le renouvellement opéré dans les années 2010 marquait un tournant décisif. Les anciens bateaux-pompes Louis Colet et Lacydon, fidèles serviteurs depuis...
Lorsque je contemple l'évolution de la flotte des marins-pompiers de Marseille, force est de constater que le renouvellement opéré dans les années 2010 marquait un tournant décisif. Les anciens bateaux-pompes Louis Colet et Lacydon, fidèles serviteurs depuis respectivement 1974 et 1964, avaient atteint leurs limites d'âge. Cette transition vers une nouvelle génération de navires s'imposait pour maintenir l'excellence opérationnelle du Bataillon de marins-pompiers de Marseille. Le matelot Louis Colet, l'un des deux nouveaux bateaux-pompes légers commandés, incarne parfaitement cette modernisation. Ce navire rend hommage à un marin-pompier tombé au service de la collectivité lors de l'incendie tragique du cargo Sidi-Ferruch en 1953. Ses missions principales couvrent la lutte contre les incendies maritimes, les secours en mer et l'alimentation des moyens terrestres, constituant un maillon essentiel de la sécurité maritime marseillaise.
Caractéristiques techniques et équipements du navire
Dimensions et propulsion
Les dimensions du matelot Louis Colet témoignent d'une approche résolument moderne de la construction navale. Avec ses 24,90 mètres de longueur, 6,55 mètres de largeur et un tirant d'eau de 1,84 mètre, ce navire présente un déplacement de 128 tonnes à pleine charge. Cette compacité contraste singulièrement avec son prédécesseur : l'ancien Louis Colet mesurait 49 mètres pour 655 tonnes, tandis que le Lacydon atteignait 40 mètres pour 790 tonnes. Cette évolution vers des unités plus maniables répond aux exigences opérationnelles contemporaines.
La propulsion du bateau-pompe repose sur deux moteurs diesels Caterpillar de 412 kW, des 16 cylindres en V qui entraînent chacun une ligne d'arbres avec hélice à pas fixe. Cette configuration permet d'atteindre une vitesse maximale de 12 nœuds, soit environ 22 km/h. Un propulseur d'étrave hydraulique de 80 cv améliore considérablement la manœuvrabilité lors des interventions délicates. L'autonomie de 200 miles marins ou 24 heures à pleine charge garantit une capacité d'intervention étendue sur l'ensemble des zones d'action.
Systèmes de lutte contre l'incendie
Les équipements d'intervention du matelot Louis Colet illustrent parfaitement les avancées technologiques en matière de lutte contre les incendies maritimes. Deux pompes d'incendie Azcue d'un débit de 600 m3/h alimentent trois canons à incendie mixtes eau-mousse du fournisseur Pok. Les deux canons positionnés sur la plage avant développent chacun un débit de 8 000 l/min, tandis que le troisième, installé sur le toit de la passerelle, génère 3 000 l/min. Tous fonctionnent sous 12 bars de pression avec une portée de 70 mètres, commandés depuis la cabine par joysticks.
Le système d'autoprotection projette un brouillard d'eau autour du navire pour le protéger des rayonnements thermiques lors d'interventions particulièrement périlleuses. La capacité de 6 000 litres de liquide émulseur avec dispositif d'injection directe complète cet arsenal. Les pompes alimentent également une quinzaine de sorties de refoulements réparties sur deux rampes situées en plage arrière, offrant une polyvalence d'intervention remarquable.
Conception et construction du bateau-pompe
Le processus de conception du matelot Louis Colet a été confié au cabinet d'architecture navale Mauric, implanté à Marseille et Nantes. Cette expertise locale s'avérait cruciale pour adapter le navire aux spécificités des eaux méditerranéennes et aux exigences opérationnelles des marins-pompiers marseillais. La construction proprement dite fut réalisée par le chantier naval Socarenam de Boulogne-sur-Mer, reconnu pour son savoir-faire dans la construction de navires spécialisés.
Le financement du projet résulte d'un partenariat entre la Ville de Marseille et le Département des Bouches-du-Rhône, démontrant l'engagement des collectivités territoriales dans la modernisation des moyens de sécurité maritime. Cette collaboration financière témoigne de la reconnaissance de l'importance stratégique de ces navires pour la protection du Grand Port Maritime de Marseille.
Les matériaux de construction associent une coque en acier garantissant la robustesse nécessaire aux interventions, et des infrastructures en aluminium permettant d'optimiser le poids. Cette même équipe de conception avait déjà fait ses preuves en concevant les vedettes d'intervention de rade pour Toulon et Brest, ainsi que la barge d'incendie de rade de Toulon. Cette expérience préalable assurait une parfaite maîtrise des enjeux techniques et opérationnels.
Missions opérationnelles et capacités d'intervention
Lutte contre les incendies
Les interventions de lutte contre les feux constituent la mission principale du matelot Louis Colet. Le navire intervient sur les feux de navires à quai ou en rade dans un rayon de 20 miles nautiques, couvrant ainsi l'ensemble des zones portuaires et maritimes sensibles. Sa capacité d'alimentation en eau des engins terrestres s'avère particulièrement précieuse lors d'interventions d'envergure nécessitant des débits importants sur la durée.
La lutte contre les feux de forêts côtiers représente une autre facette essentielle de ses missions. Cette polyvalence permet aux marins-pompiers d'intervenir efficacement sur les incendies se propageant depuis le littoral vers l'arrière-pays, une problématique récurrente dans la région méditerranéenne.
Secours et sauvetage
Les capacités médicales du matelot Louis Colet égalent celles d'une ambulance de réanimation terrestre. Le local médical peut accueillir jusqu'à cinq blessés légers ou un blessé grave, avec l'équipement nécessaire aux premiers secours avancés. Cette configuration permet d'assurer une prise en charge immédiate des victimes d'accidents maritimes.
Les missions de recherche de personnes, évacuations, interventions subaquatiques et remorquage complètent ce panel opérationnel. L'embarquement possible de 16 marins-pompiers répartis entre 3 membres d'équipage, 10 personnels d'intervention et 3 membres d'équipe médicale garantit une capacité de réponse adaptée à chaque situation d'urgence.
Hommage au matelot Louis Colet et déploiement
L'histoire du matelot Louis Colet s'inscrit dans la mémoire tragique des marins-pompiers de Marseille. Cet homme de liaison embarqué à bord du bateau-pompe Pythéas perdit la vie le 4 novembre 1953 lors de l'intervention sur l'incendie du cargo Sidi-Ferruch dans le port de Marseille. Cette catastrophe maritime marqua profondément le corps des marins-pompiers et illustre les risques inhérents à leurs missions.
Le nouveau navire perpétue sa mémoire en portant son nom précédé du grade de matelot, maintenant vivant le souvenir de ce sacrifice. Cette tradition d'hommage aux marins-pompiers tombés au service de la collectivité témoigne des valeurs de solidarité et de respect qui animent ce corps d'élite.
Le baptême du navire eut lieu le 8 mars 2019, suivi de sa mise en service opérationnel en mai 2019. Son stationnement au centre d'incendie Second-Maître Gaulier de Port-de-Bouc lui confie la défense de la rade ouest, position stratégique pour la protection des installations portuaires et industrielles du golfe de Fos.
Organisation du Bataillon de marins-pompiers de Marseille
Le Bataillon de marins-pompiers de Marseille constitue une unité unique de la Marine nationale regroupant 2 400 hommes et femmes. Cette force d'intervention assure plus de 122 000 interventions annuelles, soit plus de 300 interventions quotidiennes sur le territoire marseillais, le Grand Port Maritime et jusqu'à l'aéroport de Marignane.
La répartition géographique des moyens nautiques s'organise autour de plusieurs sites stratégiques : la caserne principale de La Bigue à l'Estaque, Frioul, Pointe Rouge pour le secteur marseillais, ainsi que la caserne de Port-de-Bouc et la future caserne de Port-Saint-Louis du Rhône pour le golfe de Fos. Cette implantation territorial assure une couverture optimale de l'ensemble des zones d'intervention.
La stratégie de couverture du Grand Port Maritime repose sur un temps d'intervention maximum de 10 minutes. Le positionnement du matelot Louis Colet à Port-de-Bouc et de son sister-ship le Capitaine de corvette Paul Brutus à La Bigue garantit cette réactivité opérationnelle. Le site de l'Estaque abrite également le Centre d'entraînement aux techniques d'incendie et de survie depuis 2005, assurant la formation continue des personnels.
Évolution de la flotte et devenir des anciens navires
Le processus de remplacement des anciens bateaux-pompes Louis Colet et Lacydon s'imposait face à leur obsolescence croissante. L'ancien Louis Colet, navire de 49 mètres construit en 1974 à Villeneuve-la-Garenne, avait bénéficié d'une rénovation importante en 2011, mais celle-ci ne suffisait plus à maintenir ses performances opérationnelles.
La mise en retrait du service actif de ces vénérables unités marquait la fin d'une époque pour les marins-pompiers marseillais. L'ancien Louis Colet fut mis en vente en mars 2018 par le Grand Port Maritime après transfert vers la darse 2 de Fos-sur-Mer, mais l'absence de repreneur conduisit à sa déconstruction programmée. Le Lacydon, navire de 40 mètres construit à Port-de-Bouc en 1964, attend également la déconstruction à la caserne de La Bigue après cinq ans de désarmement.
La comparaison entre anciens et nouveaux navires illustre parfaitement l'évolution technologique et opérationnelle de la flotte. Alors que les anciens bateaux-pompes privilégiaient la capacité de déplacement et l'autonomie, les nouvelles unités misent sur la maniabilité, la rapidité d'intervention et l'efficacité des équipements. Cette modernisation garantit aux marins-pompiers marseillais des outils parfaitement adaptés aux défis contemporains de la sécurité maritime.
Partager
Sur le même sujet
Division d’attaque pompier : rôle et organisation
Acheminer l'eau depuis une prise d'eau jusqu'au cœur d'un sinistre en quelques dizaines de secondes — voilà l'enjeu quotidien des sapeurs-pompiers sur un feu structurel. La division d'attaque est le dispositif hydraulique qui rend cela possible. Je vous propose de décortiqu...
Inertage pompier : technique et utilité
L'inertage est l'un des procédés d'extinction les plus redoutables de l'arsenal des sapeurs-pompiers. Son principe repose sur une logique simple mais puissante : priver le feu de son comburant en saturant l'espace d'un gaz neutre ou de vapeur d'eau. Ce faisant, il agit immédiate...
DPIF pompier : définition
Le DPIF fait partie de ces acronymes que les sapeurs-pompiers connaissent par cœur, mais qui restent totalement opaques pour le grand public. Il désigne un cadre d'ordre mnémotechnique structurant le déplacement des unités vers un lieu d'intervention. Intégr&...