Avion larguant de l'eau sur un feu de forêt

Canadair CL-215 pélican : avion bombardier d’eau de la sécurité civile française

By Hervé

Le Canadair CL-215 demeure l’un des hydravions les plus emblématiques de l’aviation civile spécialisée. Premier aéronef spécifiquement conçu pour la lutte contre les incendies, cet avion bombardier d’eau a marqué l’histoire de la Sécurité civile française sous l’indicatif « Pélican » de 1969 à 1996. Son développement révolutionna l’approche de l’extinction aérienne des feux de forêt, établissant les bases des missions modernes de protection civile. Je vous propose de découvrir l’histoire fascinante de cet aéronef qui incarna pendant près de trois décennies l’excellence canadienne au service de la France.

L’histoire et le développement du Canadair CL-215 pour la Sécurité civile

En 1963, un colloque d’Ottawa réunit avionneurs, Conseil National de Recherche du Canada et US Forest Service pour définir le cahier des charges d’un nouvel appareil de lutte contre les incendies forestiers. Cette initiative visait à remplacer les surplus de la Seconde Guerre mondiale utilisés jusque-là. Canadair présenta plusieurs projets, s’orientant vers un bimoteur à ailes hautes.

L’évolution du design conduisit du CL-204 à flotteurs vers une coque centrale à simple redan avec flotteurs de stabilisation. L’empennage horizontal fut implanté haut sur la dérive pour éviter les embruns. Initialement prévues, les turbines cédèrent la place au Pratt & Whitney R-2800 à pistons pour des raisons économiques et de disponibilité.

Le premier vol eut lieu le 23 octobre 1967. Deux ans plus tard, en juin 1969, les premiers appareils français arrivèrent à Marignane : Pélican 21 (F-ZBAR) et Pélican 22 (F-ZBAX) aux couleurs québécoises. Trois semaines après, Pélican 23 (F-ZBAY) et Pélican 24 (F-ZBDD) complétèrent cette première dotation. L’indicatif « Pélican » perpétuait la tradition des Canso PBY précédemment utilisés par la Sécurité civile française.

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Les caractéristiques techniques et capacités opérationnelles

Cet hydravion bimoteur affiche des dimensions impressionnantes : 19,82 mètres de longueur, 28,60 mètres d’envergure et 8,92 mètres de hauteur. Sa masse maximale au décollage atteint 19,7 tonnes depuis l’eau et 17,1 tonnes depuis la terre.

Les performances de vol incluent une vitesse de croisière de 290 km/h, un plafond de 6100 mètres et une autonomie de 2090 kilomètres. Cette capacité opérationnelle permet d’intervenir sur de vastes territoires.

Le système d’écopage constitue l’innovation majeure : deux écopes escamotables collectent 5400 kilogrammes d’eau en douze secondes sur 1200 mètres, à 110 km/h. L’aéronef effleure la surface du plan d’eau avec une précision remarquable.

Le largage s’effectue par l’ouverture de trappes de soutes entre 30 et 50 mètres d’altitude. L’eau peut être additionnée de produits moussants ou retardants stockés dans des réservoirs auxiliaires similaires aux équipements des véhicules terrestres. Canadair annonçait 75 largages quotidiens, mais la pratique dépassa 100 largages journaliers. Le record revient à un appareil yougoslave avec 225 largages soit plus d’un million de litres.

La fin de service et l’héritage patrimonial

Le dernier vol d’un CL-215 français eut lieu le 4 octobre 1996 avec le F-ZABY « Pélican 23 », piloté par Maurice Levaillant et Alain Février. Après 27 années de service exemplaire, ces hydravions bombardiers totalisèrent 80200 heures de vol, 176138 écopages et 195706 largages.

Le remplacement par les CL-415 plus puissants marqua la fin d’une époque. La Sécurité civile rejeta le CL-215T à turbopropulseurs, préférant opter directement pour le successeur moderne.

Des problèmes contractuels entraînèrent le stockage des appareils retirés près des hangars de Marignane de 1996 à 2004. Cette situation dégrada progressivement les aéronefs historiques.

Aujourd’hui, plusieurs exemplaires perpétuent la mémoire : Pélican 23 au Musée de l’Air du Bourget après restauration complète, Pélican 21 et 26 dans les musées techniques allemands de Speyer et Sinsheim. Le Pélican 27 demeure unique : seul survivant opérationnel français, il poursuit sa mission en Turquie sous l’immatriculation TC-TKM, témoignage vivant de cette épopée aéronautique exceptionnelle.

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Hervé