L’application Smartemis s’impose depuis plusieurs années comme un outil numérique incontournable pour les sapeurs-pompiers équipés du système ARTEMIS, conçu par l’entreprise EDS. Gratuite et abordable sur smartphone, elle permet notamment de modifier sa disponibilité, de consulter la feuille de garde et de suivre en direct l’état des départ engins et des interventions en cours. Au milieu de cette interface, un système de codes couleur structure l’affichage des alertes et des missions opérationnelles. Pour accéder à ces fonctionnalités, le SDIS concerné doit disposer d’ARTEMIS et avoir souscrit une licence Smartemis. La version actuelle, 6.0.22, date du 12 mars 2025. Cet article décrypte la logique de codification colorimétrique de Smartemis, puis s’intéresse à la signification plus large des teintes sur les véhicules incendie.
Le code couleur dans Smartemis : comment suivre l’avancement d’une intervention en temps réel
Une interface colorée qui reflète l’état opérationnel
Dans Smartemis, chaque intervention reçoit une couleur précise, immédiatement liée à son stade d’avancement. L’alerte passe ainsi par plusieurs états successifs : diffusée, acquittée, puis départ engin, arrivée sur les lieux, jusqu’au retour disponible en caserne. Ce suivi dynamique permet à chaque acteur — au CIS comme au CODIS — de savoir immédiatement où en est une mission.
L’opérateur CODIS gère l’ensemble directement depuis son poste, en un clic, selon les informations qui remontent en temps réel sur les ondes. Il valide ou rectifie les propositions générées automatiquement par l’algorithme sélection intégré au système. Ce mécanisme analyse les formations aptitudes de chaque personnel disponible : grade, qualifications, habilitations spécifiques. Un sapeur-pompier sans permis poids lourd ne peut, par exemple, être affecté au poste de conducteur FPT.
La gestion interventions s’appuie également sur les états des centres, eux aussi codifiés par couleur. Un centre affiché en noir signale un état inapte opérationnel. Cette codification des centres complète celle des missions et offre une lecture globale de la situation à l’opérateur CODIS.
Les codes sinistres et départs types
Les codes sinistres associent des couleurs à des protocoles opérationnels précis, définissant les moyens à engager selon la nature de l’appel. Trois niveaux d’accidents de la route illustrent parfaitement cette logique : l’AVP rouge mobilise un VLCDG, un VSAV et un VSR pour tout accident avec urgence vitale. L’AVP jaune concerne les accidents sans urgence vitale impliquant au moins un véhicule motorisé. L’AVP vert, lui, s’applique aux accidents sans véhicule motorisé ni urgence.
Un feu en habitation déclenche automatiquement un VLCDG, deux FPT et une échelle. Pour un feu de forêt, c’est un VLHR et deux CCF qui partent. La suspicion d’intoxication au CO implique VLCDG, FPT et VSAV. Ces combinaisons résultent d’un paramétrage rigoureux du système ARTEMIS propre à chaque SDIS. Certains départements ont d’ailleurs revu leur paramétrage pour éviter le doublon systématique des engins.
Lorsqu’un engin part sans être correctement armé, le système propose automatiquement des moyens complémentaires issus d’autres centres, sans que l’opérateur n’ait à intervenir manuellement. La transmission données s’effectue via ADSL, RNIS ou FTA, selon l’infrastructure disponible. L’opérateur est aussitôt averti si l’émission d’alerte au CIS a bien été prise en compte.
Le synoptique des interventions et des moyens, abordable avec abonnement, offre une visualisation globale des ressources engagées en temps réel. Cette vue d’ensemble facilite la disponibilité personnels et aide à anticiper les besoins en recouverture opérationnelle. Précisons que la première version de Smartemis, la 1.1, remonte à 2013 — la distance parcourue depuis est considérable.
La signification des couleurs sur les engins de pompiers : entre tradition, réglementation et visibilité
Le rouge, une couleur héritée du XIXe siècle
La couleur rouge domine les véhicules incendie français depuis son adoption officielle à la fin du XIXe siècle. Son histoire débute à Londres : le fabricant Merryweather livrait ses pompes à vapeur peintes en rouge dès 1860. Ces engins arrivèrent à Mulhouse, Lyon et Paris en 1867, séduisant immédiatement les sapeurs-pompiers parisiens qui abandonnèrent le vert pour repeindre leurs chariots en vermillon en 1885. Le régiment de Paris suivit en 1886. La norme française X08-008 de février 1972 entérine officiellement le rouge-orangé vif comme couleur du matériel incendie.
Cette teinte ne s’impose pas partout sans nuance. Les formations militaires de la Sécurité civile ont longtemps arboré une livrée vert kaki avant d’adopter le rouge à la fin des années 1980. Les forestiers-sapeurs utilisent le jaune pour se distinguer nettement des sapeurs-pompiers. Les comités communaux feux de forêts optent pour l’orange. Les véhicules de liaison des autorités circulent en gris ou noir.
Les tests de visibilité et les alternatives au rouge
Dès les années 1960, le fabricant américain American LaFrance remettait en cause la pertinence du rouge, préconisant un jaune-vert plus visible. Merrill J. Allen, de l’Université d’Indiana, publia en 1970 une étude sur la visibilité des signaux lumineux. Plus frappant encore : les chercheurs Stephen S. Solomon et James G. King, eux-mêmes pompiers volontaires, démontrèrent que le risque de sur-accidents était multiplié par trois avec la couleur rouge.
En France, plusieurs SDIS ont mené leurs propres tests visibilité. La Seine-et-Marne (SDIS 77) expérimenta des engins en orange fluorescent dans les années 1970. Les Yvelines testèrent un fourgon-pompe tonne jaune en 1981. D’autres départements s’y essayèrent aussi : la Lozère, la Seine-Maritime, la Manche, l’Eure-et-Loir, le Calvados, le Loiret, le Bas-Rhin, le Jura, le Nord, la Nièvre et la Moselle. Ces expérimentations furent finalement abandonnées — la couleur orange ou couleur jaune fluorescente se ternissait rapidement et rendait les raccords de peinture complexes.
Aujourd’hui, le rouge reste prédominant sur les poteaux incendie raccordés au réseau d’eau potable sous pression permanente. La couleur bleue identifie les points d’aspiration sur eau naturelle, la couleur jaune les réseaux surpressés ou additivés, et la couleur verte les bornes de prélèvement en immense quantité hors DECI.
Vers une cohabitation des teintes sur les engins modernes
L’équipement modernisation des services de secours n’a pas fait disparaître le rouge, mais l’a enrichi. Les dispositifs rétro-réfléchissants, les bandes latérales et les pare-chocs jaune ou blanc complètent désormais la signalisation des engins sans rompre avec la tradition. Le déploiement départements progressif du système ARTEMIS — en Seine-et-Marne dès 2000, dans le Morbihan en 2005, en Ille-et-Vilaine depuis février 2007 — accompagne cette évolution vers des protocoles opérationnels plus cohérents et plus lisibles pour tous.
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