Sapeurs-pompiers volontaires portent plainte contre Sébastien Lecornu pour excès de pouvoir

Sapeurs-pompiers volontaires portent plainte contre Sébastien Lecornu pour excès de pouvoir

By Hervé

Je vous rapporte une information qui fait actuellement des remous dans le monde des sapeurs-pompiers volontaires. Bruno Ménard, secrétaire général du SSPVF, vient de franchir un cap décisif en déposant une plainte contre Sébastien Lecornu pour excès de pouvoir. Cette action juridique, formalisée ce vendredi 10 octobre auprès de la police de Cholet, révèle une tension croissante entre les représentants des volontaires et l’exécutif.

L’origine de ce conflit remonte à l’annonce gouvernementale concernant la bonification des trimestres de retraite. Le cabinet du Premier ministre démissionnaire a communiqué sur une mesure qui entrerait en vigueur dès 2026, prévoyant un trimestre offert après 15 années de service, puis un trimestre supplémentaire tous les cinq ans. Néanmoins, cette proposition ne respecte pas les dispositions légales votées par le Parlement.

Une loi bafouée selon le syndicat des pompiers volontaires

La colère de Bruno Ménard s’appuie sur des bases juridiques solides. L’article 24 de la loi du 14 avril 2023 stipule clairement que les sapeurs-pompiers volontaires peuvent bénéficier de trimestres supplémentaires dès 10 années de service, et non 15 comme l’annonce Matignon. Cette différence de cinq années représente un enjeu majeur pour des milliers de volontaires qui consacrent leur temps libre au secours d’autrui.

Le secrétaire général du SSPVF martèle un principe fondamental : « Une loi a été votée et doit être respectée et appliquée. Le Premier ministre n’est pas libre de la modifier comme bon lui semble ». Cette position reflète l’incompréhension face à ce qui est perçu comme un détournement des dispositions parlementaires. La DGSCGC : rôle, missions et organisation de la sécurité civile en France devrait pourtant veiller à l’application uniforme des textes concernant les sapeurs-pompiers.

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L’absence du décret d’application constitue le nœud du problème. Ce texte réglementaire, indispensable pour mettre en œuvre l’article 24, devait paraître au Journal officiel dès décembre 2023 selon le calendrier prévisionnel. Plusieurs parlementaires ont interpellé le gouvernement, notamment le député Jean Moullière qui rappelait l’engagement ministériel de François-Noël Buffet pour une publication avant fin juin 2025.

Des arguments gouvernementaux contestés par les représentants

L’entourage de Sébastien Lecornu tente de justifier sa position en s’appuyant sur la mention « au moins » 10 années de service présente dans le texte légal. Cette interprétation permet selon eux de fixer le seuil à 15 ans, en invoquant la durée moyenne de service des volontaires évaluée à 12 ans et demi. D’un autre côté, cette lecture extensive de la loi ne convainc pas les représentants syndicaux.

Matignon considère par ailleurs que la plainte manque de fondement juridique, estimant qu’elle vise prématurément un projet de décret non encore examiné par le Conseil d’État. L’immunité supposée du Premier ministre est également invoquée pour contester la recevabilité de cette action. Pourtant, le procès-verbal obtenu par nos confrères confirme que la plainte vise bien « Monsieur Sébastien Lecornu, Premier Ministre Démissionnaire pour des faits d’abus d’autorité ».

Me Bertrand Salquain, avocat nantais, apporte un éclairage juridique nuancé sur cette immunité. Il souligne que la protection d’un Premier ministre par intérim reste discutable juridiquement, d’autant plus dans un contexte où l’exécutif fonctionne en mode dégradé depuis plusieurs semaines.

Un arsenal juridique déployé contre l’inaction gouvernementale

Le SSPVF ne se limite pas à cette seule plainte pénale. Bruno Ménard a simultanément engagé un recours en carence pour dénoncer l’inapplication prolongée des dispositions légales. Ce document, daté du 10 octobre, pointe « une rupture d’égalité devant les charges publiques » et l’atteinte au « principe d’effet utile de la loi ».

Un pool de quatre avocats prépare également un recours administratif au civil pour annuler le futur décret dès sa publication. Cette stratégie juridique multicouche témoigne de la détermination syndicale à faire respecter les droits des sapeurs-pompiers volontaires. L’avocat Me Salquain y voit une manœuvre habile pour contraindre le gouvernement à revoir sa copie.

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Cette affaire illustre les tensions persistantes autour de la reconnaissance des sapeurs-pompiers volontaires. Ces femmes et ces hommes, qui représentent plus de 80% des effectifs départementaux, méritent que leurs droits sociaux soient pleinement respectés. L’issue de cette bataille juridique déterminera si l’État honore ses engagements envers ceux qui risquent leur vie pour protéger la population.

Hervé